🚶♂️ Départ matinal depuis Fouillouse
Aujourd’hui, c’est une grosse journée. Je pars seul pour rejoindre le Lac des Neuf Couleurs, au pied de l’Aiguille du Chambeyron (3411 m). Au programme : 1500 m de dénivelé cumulé et 22 km. Direction le hameau de Fouillouse, en franchissant le fameux pont du Châtelet. Je stationne au parking des Granges (1880 m).
Qui dit grosse journée dit départ tôt : il est 7 heures lorsque je démarre. Le hameau est encore dans l’obscurité tandis que les sommets s’illuminent. Je choisis le GR5 en direction des Vistes, une belle mise en jambe en balcon qui offre une vue superbe sur Petite-Serenne et Grande Serenne, hameaux de Saint-Paul-sur-Ubaye.
Le belvédère des Vistes (1950 m) porte bien son nom : panorama complet sur la vallée. Je bifurque à droite pour grimper vers le refuge du Chambeyron. Pendant 700 m, le sentier traverse une forêt fraîche, puis débouche aux Cloutasses (2070 m). Le décor devient minéral. Le lac est annoncé à 3 heures, j’y serai en 2h30.
🏚️ Le refuge du Chambeyron et le Lac Premier
La montée est régulière et agréable. Fouillouse apparaît tout en bas, désormais baigné de soleil. Les marmottes sont en pleine forme. Distrait par elles et par le paysage, j’arrive au refuge du Chambeyron.
Au premier regard, il ressemble plus à une bergerie qu’à un refuge classique avec sa base en béton armé et son étage en tôle métallique. Perché à 2626 m sur les rives du Lac Premier, c’est un haut lieu de la Haute Ubaye. À côté, l’ancien refuge Jean‑Coste (1927), en bois, témoigne d’une autre époque.
Blotti à 2600 m, le Lac Premier est un miroir sombre et minéral. Il reflète les parois abruptes des Aiguilles et du Brec, offrant un décor austère mais saisissant.
Je poursuis vers le Lac Long (2783 m). Un kilomètre après le refuge, il apparaît : eau magnifique, alentours austères. Sur la gauche, le Lac Rond, petit et peu profond, survit encore… pour combien de temps ?
🎨 Le Lac des Neuf Couleurs
La présence de névés confirme l’altitude. Une bise fraîche se lève. Me voilà au Lac des Neuf Couleurs ! Il est superbe, mais je ne vois pas neuf couleurs. Le nom vient probablement d’une déformation de Lac des Neuf Couloirs, en référence aux couloirs d’éboulis visibles sur la face de l’Aiguille du Chambeyron.
Niché dans un cirque minéral dominé par l’Aiguille du Chambeyron, la Tête de la Fréma et le Brec de l’Homme, le lac offre un décor d’une pureté saisissante : névés tardifs, parois abruptes, silence total, eau turquoise contrastant avec la roche sombre.
La Tête de la Fréma (3151 m), avec sa croix, paraît accessible depuis le col de la Gypière. Je tente l’ascension. Mais l’arête est exposée et un vent violent s’engouffre entre Ubaye et Piémont. À quelques encablures du sommet, le froid glacial me convainc de renoncer. La prudence l’emporte.
Je redescends au col me réchauffer au soleil, et profite du panorama sur l’Italie et le Lago del Vallonasso di Stroppia.
🍽️ Le Lac Noir et le retour par les lacs
La faim se fait sentir. Je trouve un coin isolé, face à la Tête de la Fréma. Une fois requinqué, direction le Lac Noir, en longeant les pentes de l’Aiguille du Chambeyron. Quelques fleurs égayent le paysage lunaire. En face, le Brec de Chambeyron domine. Le Lac de l’Étoile paraît minuscule sous sa masse.
Assombri par le ciel, le Lac Noir porte bien son nom, au pied de la Pointe d’Aval / Pointe de Chauvet. Deux noms, deux cultures, un seul sommet.
Je retrouve le Lac Long, puis le chemin du matin. Avant de rentrer, je fais un crochet vers le Lac Rond, finalement plus grand que ce que j’avais perçu le matin.
⛪ Retour vers Fouillouse
Aux Cloutasses, je prends à gauche pour descendre vers Fouillouse par une pente plus raide. Je passe devant la chapelle Saint‑Jean‑Baptiste, avec ses trois cloches. Dédiée au protecteur des sources et des chemins, elle servait de lieu de rassemblement pour les familles.
Fouillouse, hameau isolé, a conservé une atmosphère pastorale unique. Le village traversé, me voici revenu au parking. Une magnifique randonnée, avec une pointe de regret pour la Fréma... mais une journée inoubliable.
🏗️ Le pont du Châtelet : histoire et vertige
Sur le retour, arrêt obligatoire au point de vue sur le pont du Châtelet, trait de pierre audacieux lancé au-dessus de l’Ubaye.Construit en 1882, il ne sera réellement utilisé qu’après le percement du tunnel menant à Fouillouse. Miné en 1944, réparé en 1945, il reste un symbole de résilience.
Ici, l’Ubaye traverse un verrou rocheux de calcaires jurassiques si résistants que même les glaciers ont dû s’y frayer un passage. La gorge sous-glaciaire, creusée par la pression de la glace, donne au pont son caractère spectaculaire.
Depuis le belvédère, la gorge n’a que 27 mètres de largeur, mais plonge sur plus de 108 mètres. Le pont semble flotter au-dessus du vide, posé entre deux parois qui se rapprochent comme pour protéger le passage.
Entre histoire, géologie et sensations, le pont du Châtelet est bien plus qu’un simple passage : c’est une porte vers les hautes vallées, un lieu où la montagne raconte son histoire à ceux qui prennent le temps de s’arrêter.
📌 Infos pratiques
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📸 Galerie photos
Vue sur le hameau de Fouillouse
Marmottes
Le lac Premier
Cascade aux abords du refuge du Chambeyron
Le lac Long
Le lac des Neuf Couleurs, la pointe des Cirques et le col de Chambeyron
Versant Italien et le lago del vallonasso di Stroppia
Le lac des Neuf Couleurs et le col de la Gypière
Le lac Rond
Le lac Premier
Refuge du Chambeyron et Brec du Chambeyron
Fouillouse, la chapelle de Saint Jean‑Baptiste
Le pont du Châtelet
